Quelques mots sur Shôjo Relook

Portrait de SHKareshi
Billet écrit par SHKareshi
Le mer, 25/06/2014 - 13:39
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C'est aujourd'hui que sort en français Shôjo Relook, aux Éditions Delcourt ! Et comme c'est un manga qui a été ramené par Akata et pour lequel j'ai beaucoup d'affection, j'avais bien envie d'en parler ici ! Cela fait des années, qu'on avait signé le contrat pour ce titre, mais les amménagements de plannings, les titres à passer en priorité, l'équilibre éditorial, tout ça a fait qu'il ne sort que maintenant. Mieux vaut tard que jamais !!! Pour résumer le pitch, de manière simple et efficace, c'est l'histoire de deux campagnards qui vont partir à la conquête de la ville... L'héroïne, ayant peur que son ami d'enfance soit ridiculisé par leurs futurs camarades de lycée, décide de le relooker sur le modèle du héros de son shôjo manga old-school favori. De fil en aiguille, ce qui commence comme un simple "jeu" va prendre des proportions hallucinantes et les mener jusque dans le milieu du show-biz !

En fait, c'est un titre intéressant sur bien des aspects. D'abord, graphiquement, c'est à tomber par terre ! Y a pas photo, Kaoru Ichinose est une grande dessinatrice. Si son trait est très typé shôjo, c'est qu'elle affectionne particulièrement ce genre. Comme en témoigne d'ailleurs le bonus de fin du tome 1, où elle se plait à dessiner façon manga des années 80. Sa mise en scène aussi, est ultra-grandiloquente ! D'une certaine manière, on peut clairement dire que la mangaka rend hommage à ce genre qu'est le shôjo manga. Encore mieux, elle nous expose presque, avec un poil d'humour et d'auto-dérision, un "catalogue" des différents beaux-gosses qui peuplent les mangas pour filles. Le preux chevalier old-school VS les nouveaux canons érotisés… Très clairement, la mangaka montre comment les critères de "beauté" ont évolué dans le genre (et du coup, dans la société). Elle le fait de manière fun et sans gros sabots, ce qui rend la lecture vraiment agréable. Tout cela s'exprime notamment à travers l'alchimie du "couple" principal que forment Kôsei et Kako. Elle vit dans sa naïveté, dans son monde fictif. Lui, plus conscient de la réalité, lui lance des piques pour la taquiner, mais jamais blessante, et l'objectif est peut-être de la préparer au monde extérieur ? D'ailleurs, la chronique sur le site d'Animeland exprime ça plutôt bien : "A une époque où la sexualité touche la jeunesse de plus en plus tôt, que reste-t-il des valeureux princes des manga d'antan ? Un décalage à la fois drôle, bien pensé et parfois bien triste."

Au delà de cet aspect très "thèse sur le shôjo et les canons de la beauté", Shôjo Relook présente un autre aspect très intéressant. Tout comme des titres comme Otomen et Switch Girl !!, on y retrouve cette éternelle question des apparences, de l'importance qu'on renvoie aux autres et à la société. Kôsei et Kako viennent de la campagne, d'un bled paumé du Japon. Aussi, ils ont vécu dans un environnement très protégé. Quand ils doivent aller en ville pour suivre leur scolarité, Kako est alors confronté à une autre réalité : l'enfer, c'est les autres, n'est-ce pas ? D'où sa décision de relook Kôsei, pour qu'il ne soit pas la risée de tous. L'enjeu devient très vite évident : cacher leurs origines "bouseuses" (j'insiste sur les guillemets) pour pouvoir s'intégrer dans le groupe. Comme vous le savez probablement, Akata est installé à la campagne, dans un petit village de 500 habitants à peine. En parlant avec les gens du village, j'ai appris que même ici, à la campagne, on s'insultait en se disant "paysan", qu'on était la risée de tous quand on arrivait au collège en parlant le patois local. Autrement dit, au Japon, comme en France, les préjugés ont la vie dure, et ce dont parle Shôjo Relook est aujourd'hui encore une réalité. Petit à petit, l'auteure va bien revendiquer que les urbains n'ont pas et ne doivent pas avoir le monopole, et ne symbolisent pas nécessairement la "bonne culture". Arrêtons donc de nous juger sur les apparences, et respectons-nous en tant qu'être humain.

À tout cela, vous pouvez rajouter, bien évidemment, un aspect très romantique à ce manga, et c'est justement ce qui le rend très accessible. Car jamais il n'est moralisateur, et il s'imopse d'emblée comme un pur divertissement shôjo. Kako manque d'assurance en elle, et va petit à petit s'ouvrir à elle-même et à ses sentiments. En ce sens, Shôjo Relook propose tout ce que j'attends d'un manga, ce parfait équilibre entre divertissement et réflexion, une oeuvre qui ne vous prend pas de haut, mais qui ne prend pas non plus son lecteur pour un idiot. De toute façon, Kaoru Ichinose est une auteure qui aime véritablement ce support qu'est le manga, mais elle se pose aussi beaucoup de questions sur la nature même de son métier. En réalité, je pourrais parler encore des heures de ce manga, mais ça ne sert peut-être à rien, surtout si vous ne l'avez pas encore lu. Je vous quitte donc avec la bande-annonce réalisée par Delcourt, et qui résume bien certains aspects de ce titre :

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